Il y a deux ans, le télescope spatial Euclid dévoilait ses premières images. Parmi elles figurait une vue de l’amas de Persée, révélant notamment des centaines de galaxies naines alors inconnues. Cette image montrait l’amas isolé de tout élément diffus du milieu interstellaire de notre galaxie présent sur la ligne de visée : des cirrus […]
16 novembre 2025
Il y a deux ans, le télescope spatial Euclid dévoilait ses premières images. Parmi elles figurait une vue de l’amas de Persée, révélant notamment des centaines de galaxies naines alors inconnues. Cette image montrait l’amas isolé de tout élément diffus du milieu interstellaire de notre galaxie présent sur la ligne de visée : des cirrus galactiques très marqués en raison de la basse latitude galactique de l’amas.
Deux ans plus tard, voici une nouvelle version enrichie de cette image. Elle intègre cette fois l’avant-plan galactique, comprenant donc les cirrus mais aussi l’hydrogène ionisé du milieu interstellaire, ainsi que de l’hydrogène ionisé propre à l’amas lui-même, visibles dans certaines de ses galaxies.
Entre science et passion :
Cette image frappe par sa beauté et sa complexité. Elle nous montre aussi combien il reste difficile d’observer ce qui se cache au-delà de notre Galaxie à cause du milieu interstellaire qui nous entoure.
Issue d’une collaboration entre astronomes amateurs et professionnels combinant leurs savoir-faire, l’association des images entre Euclid, le CFHT et l’observatoire de l’Oukaimeden illustre la complémentarité entre grands instruments scientifiques et initiatives issues de la communauté des passionnés.
Les observateurs amateurs apportent leur créativité et leur regard attentif, tandis que les professionnels mobilisent des infrastructures de pointe et une méthodologie scientifique. Ensemble, ils contribuent à l’avancée des recherches et à la création d’images qui transmettent l’émerveillement du ciel au plus grand nombre.
Les cirrus de la Voie Lactée :
Les cirrus galactiques sont des structures diffuses du milieu interstellaire de notre Galaxie, des nuages d’hydrogène riches en poussière qui diffusent la lumière des étoiles de notre galaxie. Les cirrus galactiques sont visibles sur les images profondes du ciel, formant des nébulosités caractéristiques s’apparentant en forme aux cirrus que nous pouvons voir dans le ciel.
L’hydrogène ionisé de la Voie Lactée :

Le rayonnement Hα est une lumière rouge émise par le gaz hydrogène lorsqu’il est ionisé par le rayonnement ultraviolet d’étoiles jeunes. Ce rayonnement très faible peut être observé grâce à un filtre à bande étroite laissant passer uniquement la longueur d’onde correspondant à cette émission.
Émission Hα de l’amas de Persée:
On trouve aussi ce gaz dans les galaxies de l’amas. Cependant, en raison de leur grande distance (environ 240 millions d’années-lumière), la raie Hα qu’elles émettent est décalée vers le rouge par l’expansion de l’Univers, faisant apparaître cette lumière à une longueur d’onde légèrement plus grande que celle observée dans la Voie Lactée.
Ce décalage, qui dépasse 10 nm, empêche les filtres Hα standards pour la Voie Lactée (généralement centrés sur une bande de 3 nm) de détecter ce signal.
Pour observer l’amas, le Canada-France-Hawaii Telescope (CFHT) a donc utilisé un filtre Hα spécifique ajusté à la longueur d’onde décalée de l’amas.
Origine des données :
Euclid :
© ESA. Acknowledgement: Work performed by ATG under contract for ESA.
Le télescope spatial Euclid, lancé en 2023 par l’Agence spatiale européenne (ESA), a pour mission d’explorer la matière noire et l’énergie sombre, qui constituent environ 95% de l’Univers. Grâce à ses instruments optiques et infrarouges de très haute précision, il cartographie la forme et la distribution des galaxies à travers l’espace et le temps. Son objectif est de mieux comprendre l’expansion de l’Univers et de percer le mystère de ses composants invisibles.
CFHT :
©Jean-Charles Cuillandre
Le Canada-France-Hawaii Telescope (CFHT) est un télescope optique de 3,6 mètres de diamètre, installé au sommet du Maunakea, à Hawaï, USA. Mis en service en 1979, il résulte d’une collaboration entre le Canada, la France et l’Université d’Hawaï. Équipé d’instruments de pointe, il a largement contribué à de nombreuses découvertes en astronomie, notamment sur la formation des galaxies, la structure de l’Univers et l’étude des petits corps du Système solaire.
L’Observatoire de l’Oukaimeden :
© Damien Lachat
Situé à 2 773 mètres d’altitude dans le Haut Atlas marocain, l’observatoire de l’Oukaïmeden est le principal centre d’astronomie du Maroc. Inauguré en 2007 et géré par l’Université Cadi Ayyad de Marrakech, il abrite plusieurs télescopes internationaux et participe à d’importants programmes de surveillance du ciel. Il est surtout reconnu pour ses recherches sur les astéroïdes et les exoplanètes, ainsi que pour la contribution active des astronomes et astrophotographes amateurs, dont les découvertes ont notablement enrichi la recherche scientifique.
On a utilisé le télescope HAO1 de l’observatoire HAO pour l’acquisition des données de Luminance, les couleurs RGB et le Hα de la Voie Lactée.
Credits : ESA/Euclid/Euclid Consortium/NASA, Canada-France-Hawaii Telescope, Oukaimeden Observatory
Image : Aziz Ettahar Kaeouach, Yann Sainty, Jean-Charles Cuillandre (CEA/CFHT) and Giovanni Anselmi
Article de : Yann Sainty et Jean-Charles Cuillandre